Archive for the ‘Analyses’ Category

SSII françaises : entre immigration ou offshore, le choix est clair

mercredi, avril 27th, 2011

Dans un récent article signé de Juliette Fauchet paru dans 01Net, intitulé « Restrictions sur l’immigration légale: Claude Guéant inquiète les SSII« , on voit clairement quelle est la position des SSII dans ce débat.

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur et de l’Immigration, a indiqué qu’il avait « demandé que l’on réduise le nombre de personnes admises au titre de l’immigration du travail« . Ses propos ont été contredits par plusieurs de ses collègues. Ils ont quand même suscité la réaction des SSII.

Dans l’article, Eric Decalf, PDG de la SSII Additeam, indique que ses effectifs sont actuellement constitués de 20% de travailleurs immigrés. En outre, dans une forte dynamique de croissance, et donc de recrutement, il indique : « pour satisfaire nos besoins, nous avons, dans nos encours de recrutements, environ 50 % d’ingénieurs d’origine marocaine, tunisienne ou algérienne. Cette situation est le résultat d’un déficit d’ingénieurs informaticiens français. »

Il n’y a rien de choquant à cela. L’essence même de l’immigration, c’est de faire venir de la main d’oeuvre étrangère quand le pays en manque dans ses rangs. Sauf que…

(suite…)

« Derrière l’écran de la révolution sociale »

mercredi, avril 13th, 2011

« Derrière l’écran de la révolution sociale » est le livre de Nicolas Séné sur l’univers des SSII. Il y décrit la situation selon lui peu glorieuse des informaticiens en France, et le piège dans lequel ils seraient enfermés par le Syntec Informatique. Il va même jusqu’à décrire une expérimentation sociale sur l’informatique, mais que le patronnat rêverait d’étendre à tous les secteurs de l’économie.

Ce que j’ai aimé

Ainsi, la prédominance, parfois aveugle, de la fonction commerciale y est brillament expliqué : le mélange des genres, jusqu’à l’incompatibilité, entre les fonctions de commercial et de manager ; la promesse de gain qu’est un salarié quand il est placé chez un client, mais le coût insupportable quand il est en intercontrat… sans oublier les fabrications de CV « complaisants »…

Un autre point est particulièrment bien décrit : les modalités très particulières de la régie. Malgré l’habillage contractuel des missions en régie (placement chez un client), l’auteur n’a aucun doute : la régie est illégale et n’est autre chose que du délit de marchandage. Illégale, mais courante et impunie. Et c’est cette impunité qui sert au SSII à justifier qu’il n’y a pas d’illégalité.

La carence de gestion des RH est également mis en avant. En SSII, on a un ratio 10 fois supérieur aux autres entreprises pour le nombre de collaborateurs suivis par une personne. Alors que le coeur des SSII est l’humain ! Le déficit abyssal en formation est le symptôme le plus mesurable en ce domaine.

Le vision des grandes SSII côtées en bourse avec une logique aveugle, industrielle, déshumanisée et purement financière est assez cruellement réaliste.

Ce que j’ai moins aimé

Une ligne éditoriale, à mon avis totalement volontaire de la part d’un journaliste spécialisé dans le social,  qui se réduit à un dossier à charge. Certes, « la partie adverse » n’a pas souhaité rencontré Nicolas Séné, mais tout de même… On retrouve ici un raccourci (hélas habituel) qui fait identifier tous les patrons à ceux du CAC40 ou du MEDEF, alors que beaucoup de PME gardent (heureusement) des dimensions et des rapports humains entre la direction et les salariés.

Dans la partie consacrée à l’histoire de l’informatique, faire de Merise une arme stratégique de prise de pouvoir, alors que c’était somme toute une simple méthode de projet, est un peu « too much »… ça frise parfois la théorie du complot.

Comparer la situation des ingénieurs en informatique à celle des ouvriers à la chaîne m’apparaît indécent, tant il est certain que les premiers (même isolés) accèdent beaucoup mieux à leurs droits que les seconds, et les utilisent dans les faits beaucoup plus.

Quand N. Séné évoque le MUNCI, il semble faire un blocage de principe sur le statut d’indépendant, assénant péremptoirement qu’hors du contrat de travail il n’y aurait point de salut, principalement parce qu’il aurait fait ses preuves depuis 200 ans. Outre que l’âge peut-être autant un atout qu’un handicap, il me semble que le point est discutable. Je ne dis pas que je suis en désaccord, pas du tout même. Je dis qu’il faut accepter que ce point soit discutable, et non pas un prédicat absolu.

En synthèse

Malgré ces quelques bémols, qui invitent à prendre du recul et à exercer son esprit-critique, je recommande vivement la lecture de cet ouvrage. Il est vraiment très intéressant et fourmille d’exemples sur le monde des SSII, en donnant ainsi une description assez réaliste. Je l’ai lu très vite, avec beaucoup de plaisir.

Bravo et merci à Nicolas Séné pour son travail fouillé et complet, et espérons qu’il pose les fondements nécessaires d’un début de contre-pouvoir dans le monde impitoyable des SSII.

Sous l’angle de l’offshore

Bien entendu, je ne pouvais pas ne pas faire un focus sur l’offshore.

Nicolas Séné l’aborde dans le chapitre 11 de son ouvrage. La vision géopolitique globale est plutôt très bien décrite. On reconnaît ainsi comment l’offshore est inévitable dans une meilleure répartition des équilibres entre le Nord et le Sud.

En revanche, ça tourne très vite à la caricature, soit à travers des exemples ubuesques qui sont sensés être représentatifs et qui révèleraient ainsi la stupidité du modèle offshore, soit (de nouveau) via une prise de position péremptoire qui décrète que l’offshore est une perte de maîtrise et de savoir-faire, comme s’y en formant des gens le formateur perdait sa propre compétence.

Maintenant, je n’oublie pas que le sujet du livre est les SSII. Or, de ma propre expérience, j’atteste que les SSII sont probablement les entreprises qui gèrent le plus mal, et sur tous les plans, leur approche de l’offshore. C’est également aux SSII que l’on doit l’image négative de l’offshore, car leurs expériences tournent souvent à l’échec.

Comment l’offshore pourrait-il être compatible avec les SSII ? Les prédominances de la fonction commerciale et du modèle « Régie », telles que parfaitement décrites par Nicolas Séné dans son livre, ne sont pas compatibles avec un modèle offshore dont la caractéristique essentielle est la distance… L’offshore ne se résume pas à « vendre du CV ». Ceux qui s’y essayent échouent.

L’offshore a (au moins) une vertu : il pousse à l’adoption d’un « modèle orienté résultats », tant contractuellement qu’opérationnellement : quelle SSII osera relever ce défi ? Gageons qu’elle ne sera pas française, mais une « pure player offshore« .

Vers une « précarisation par le haut » des informaticiens ?

samedi, mars 5th, 2011

Bonjour

Lu dans lemonde.fr cet article très intéressant qui traite du livre de Nicolas Séné : « Derrière l’écran de la révolution sociale ».

3 choses que j’aimerais dire à propos de l’article :

  1. Il fallait oser. Tout de même, quel pavé dans la mare : s’en prendre au tout puissant Syntec n’est pas courant. Nicolas Séné avait fait un travail approfondi, et c’est mérité de le voir ainsi mis en avant, non pas dans une revue spécialisée, mais dans un quotidien national. Le Monde a osé, et il faut lui en savoir gré.
  2. Les réponses du Syntec apportées au Monde sont tout simplement hallucinantes, et vraiment pas à la hauteur de la situation. On est face à un aveuglement permanent. Les comparaisons douteuses avec la plomberie (l’exemple vaudrait s’agissant d’une comparaison avec une modification des spécifications ; pas à un délit de marchandage, avec délégation de l’autorité hiérarchique au client), comme les explications sur la non-formation sont pitoyables. Et pourtant, la seule richesse des SSII ne sont-elles pas les hommes et femmes qui la composent ?
  3. Le système binaire des modèles de prestation, à main droite « la régie », à main gauche « le forfait », continue de réguler le microcosme des SSII. Et avec le consentement plus ou moins passif du client. Après tout, qu’est-ce que celui peut bien y faire ? Peut-être remettre de l’objectif dans tout cela… Tant qu’on n’aura pas fait évoluer ce système, on continuera à se concentrer sur les moyens davantage que sur le résultat. Et pourtant, la satisfaction du client ne s’obtient que par le résultat obtenu et la qualité produite. Tout ne doit pas se limiter d’un côté au profil (plus ou moins « arrangé » comme le décrit l’article), ni de l’autre à l’enveloppe budgetaire (sans répartition clair des rôles et des responsabilités).

Bonne lecture,

JFR

Tunisie – Révolution du jasmin : crise ou opportunité pour le nearshore ?

mardi, février 8th, 2011

Depuis plusieurs années déjà, la Tunisie offre des avantages attractifs (niveau de francophonie ; proximités géographique et culturelle ; système éducatif de haut niveau ; tarifs compétitifs) qui en font un choix apprécié parmi les destinations nearshore. Les nombreuses externalisations qu’Offshore Boosting y a accompagnées ont abouti à des taux élevés de succès et de satisfaction.

Pendant la révolution du jasmin, notamment au cours de la période du 11 au 18 janvier 2011, bien des entreprises ont craint en premier lieu pour leurs partenaires et/ou collaborateurs sur place, puis ont été amené à se poser la question de la pérennité de leur partenariat/investissement.

J’ai reçu (et reçois encore) de nombreux appels pour me demander mon analyse et mon avis sur la situation. Mes contacts en Tunisie, relations professionnelles, mais surtout amis, m’ont permis de suivre l’évolution des événements au plus près, avec une vision tunisienne de la situation, sans aucun filtre.

Je souhaitais me rendre très vite sur place. A la fois pour sentir ce nouvel air dont on me vantait la saveur (celle de la Liberté), et également pour évaluer la situation sur le front du nearshore. J’y ai ainsi séjourné du jeudi 27 janvier au mardi 1er février.

Je dois à la sincérité d’avouer que je me rendais sur place avec un optimisme affiché, que m’avaient transmis mes amis sur place. Je dois pourtant reconnaître que j’ai trouvé la situation sur place encore meilleure que ce à quoi je m’attendais. 

(suite…)

Interview dans decision-achats.fr

jeudi, janvier 20th, 2011

Bonjour, 

Interview dans decision-achats.fr sur le risque fournisseur et la révolution tunisienne. Vous pouvez accéder directement à l’article ici.

Extraits :

Depuis lundi 17 janvier au matin, l’activité a […] repris. Tous les Tunisiens, et non seulement les entrepreneurs, souhaitaient ardemment cette reprise. […] la volonté et la motivation pour relancer la machine économique sont réellement très fortes.

Les informations dont je dispose sont plutôt de nature à écarter [toute] hypothèse catastrophiste. Même si sur le plan politique les soubresauts [récents] démontrent qu’on est encore loin de la stabilité, sur le plan économique les choses paraissent davantage normalisées.

(suite…)

L’offshore prêt à repartir en sortie de crise

mercredi, novembre 24th, 2010

Le numéro 2061 de 01 Informatique titre sur un dossier consacré aux budgets, préparé par Xavier Biseul, Olivier Discazeaux et Boris Mathieux. J’ai eu le plaisir et l’honneur de contribuer au sujet sur son volet offshore.

Visualisez l’article

Les dérives de l’offshore

mercredi, septembre 22nd, 2010

Je voudrais aborder un phénomène que je constate depuis un an et qui s’est amplifié au cours des derniers mois. Des entreprises proposent sur des missions en régie en France des ressources qu’elles ont été recruter dans des destinations offshore, à des niveaux de salaire souvent très bas. Cette pratique pénalise grandement les entreprises offshore, car elle connait, hélas, un succès (immérité, comme on le verra) auprès des jeunes ingénieurs des destinations offshore.

Au départ, la pénurie de ressources a poussé des entreprises a trouvé de nouvelles pistes de recrutement. Si elles ont dans un premier temps favorisé des implantations ou des partenariats offshore, elles ont peu à peu évolué vers l’immigration. Cela permet de ne pas avoir à afficher le mot offshore dans son offre, et, assez sournoisement, d’obtenir un consensus avec les collaborateurs et leurs représentatants en n’assimilant pas l’offshore aux délocalisations.

Jusque là, pourquoi pas me direz-vous ? C’est vrai. Après tout, c’est un moyen de contrecarrer la forte et durable concurrence de l’offshore. Toutefois, les conditions de cette nouvelle filière semblent très peu glorieuse… sur le fond comme sur la forme.

(suite…)

Offshore et innovation

mercredi, février 3rd, 2010

On me demandait récemment si l’offshore pouvait contribuer de près ou de loin à l’innovation.

Selon moi, indéniablement, l’offshore peut en effet s’avérer un accélérateur de l’innovation.

Premièrement, en se dotant d’une force de production offshore, on permet de dégager du temps pour les ingénieurs R&D. Classiquement, ces derniers consacrent environ 80% de leurs temps à coder (et on imagine aisément, hélas, que même les 20% restant ne sont guère consacrer à innover). Le temps libéré grâce à l’adjonction d’une équipe offshore pourra au moins en partie être alloué à la recherche plutôt qu’à la production (directe ou indirecte).

Deuxièmement, l’appoint d’une équipe offshore permet de faciliter la mise en adéquation technologique. En effet, le coût de l’offshore permet de réaliser des migrations qui sont habituellement éludées. On peut même facilement imaginer que l’adéquation technologique se fasse en continu.

Finalement, grâce à l’offshore et à son coût raisonable, on peut se permettre des réalisations de prototypes. Or, la capacité d’innovation d’une entreprise est directement liée à sa capacité à réaliser des prototypes, éventuellement « jetables ».

Voici au moins trois raisons qui illustrent en quoi l’offshore peut contribuer pour une entreprise à son effort d’innovation.

Agilité et offshore : un binôme recommandable

dimanche, novembre 1st, 2009

Sur TV4IT (source d’information que je vous recommande par ailleurs), une excellente interview de Guillaume BODET, directeur technique de la société Xebia, spécialisée dans le conseil, l’expertise et le développement agile en J2EE.

De mon point de vue, non seulement l’agilité et l’offshore sont conciliables, mais constituent même un binôme plus que recommandable.

L’utilisation de méthodes traditionnelles classiques en cascade (modèle en V) aboutit à une amplification tout à fait préjudiciable du fameux « effet tunnel », et, finalement, à la défiance, puis à la déception.

(suite…)

L’offshore et la crise

mercredi, octobre 7th, 2009

Quels sont les effets de la crise sur le marché des services IT offshore ?

Certains prestataires qui proposaient une offre dans ce domaine ont sérieusement cru que la crise était une bonne nouvelle pour leurs affaires, imaginant que les entreprises occidentales allaient transférer leurs projets vers des destinations plus compatibles avec les budgets qui leur étaient imposés.

Pour ma part, je n’ai jamais pensé que la crise pouvait avoir un effet bénéfique immédiat sur ce secteur. J’ai analysé que la crise occasionnera un mouvement à 3 temps sur le marché des services IT offshore.

(suite…)