Le MUNCI se déclare en faveur du maintien de la circulaire Guéant

En premier lieu, pour ce premier billet de l’année, je vous présente tous mes vœux de santé et de réussite pour 2012.

Sur mon compte Twitter (@OffshoreBooster) je découvre ce tweet du MUNCI (l’Association Professionnel des Informaticiens : site web et compte Twitter) :

Je m’empresse d’aller voir sur le lien qui m’est proposé et qui m’amène sur un document qui expose la position du MUNCI quant à la circulaire Guéant du 31 mai 2011 et sur l’immigration en général.

J’avoue que je tombe des nues après la lecture dudit document, en constatant que le MUNCI demande le maintien de la circulaire. Le MUNCI n’existe visiblement pas pour défendre les intérêts catégoriels des informaticiens en France, mais des seuls informaticiens français ! C’est surprenant, d’autant que si le diagnostic peut être partagé, la position (et la réponse qu’elle est sensée apportée au diagnostic) est totalement déplacée.

Je partage bien des points qui sont évoqués dans la première page du document. J’ai eu moi-même à déplorer à plusieurs occasions (ici ou par exemple) la façon dont l’immigration était encouragée et dans le même temps les immigrés maltraités par la profession. Il est évident qu’il serait plus qu’heureux que les pratiques parfois scandaleuses se corrigent, et je ne pourrai qu’applaudir toute position qui irait dans ce sens.

Je suis d’autant plus à l’aise à le dire que l’immigration constitue la principale concurrence (parfois déloyale) de l’offshore, mon domaine de spécialisation. On pourrait donc croire que j’aurais quelques intérêts à adopter une position comme le MUNCI, visant à fortement diminuer le flot des informaticiens immigrés. Mais la concurrence (quelle qu’elle soit) est une réalité, et la liberté des individus une valeur avec laquelle il ne faut pas jouer. Et je n’ai jamais souhaité s’agissant de l’immigration, ni qu’on la pousse artificiellement, ni qu’on la bride inhumainement, ces deux actions relevant de l’absurdité la plus complète.

Le Munci conclut par ailleurs son communiqué par cette formule étonnante et dérangeante :

Enfin, le MUNCI déplore vivement les conditions actuelles du « débat » sur l’immigration économique dans les médias le jugeant étroit, rarement contradictoire et donc anti-démocratique en ne laissant la parole qu’aux seuls adversaires de la politique gouvernementale.

Je n’avais pas constaté que le gouvernement (et notamment le ministre dont la circulaire porte le nom) aurait été à ce point muselé, et n’aurait pas eu la possibilité de défendre leur position. Tout au contraire les ministres ont très longtemps fait preuve d’une solidarité sur ce texte, et il a fallu une mobilisation citoyenne très forte pour obtenir un début de marche arrière (timide). On a plutôt l’impression que le MUNCI sent que sa position est décalée, et se prépare à riposter en accusant d’anti-démocrate (sic!) tous ceux qui pourraient la contester.

Pour être complet, je précise que le MUNCI est en revanche opposé au point le plus polémique du texte, qui concerne les étudiants étrangers et leur première expérience en France :

Si l’essentiel du texte est à conserver, nous considérons cependant que les jeunes diplômés étrangers doivent pouvoir continuer à bénéficier de l’autorisation provisoire de séjour (APS) pendant 6 mois pour chercher un poste, puis obtenir sans difficulté un titre de séjour professionnel en cas d’embauche car ils n’entrent pas en concurrence avec les jeunes diplômés français.

Néanmoins, en disant cela, il est clairement exprimé en creux que c’est bien pour des raisons de concurrence avec les informaticiens français que le MUNCI veut que la circulaire soit conservée. La position exprime donc bel et bien un corporatisme (ce qui est sa vocation) teinté d’une préférence nationale.

Pour ce qui me concerne, je crois que cette circulaire est une erreur totale, de même que l’était, mais dans une posture inversée, l’immigration choisie. Je suis pour son retrait pur et simple.

Après, il conviendra de dénoncer et corriger les pratiques scandaleuses que j’évoquais tout à l’heure, pour tous les informaticiens. Il ne me semble pas que les faire disparaître en pénalisant les immigrés soient la bonne voie. Il ne faut pas confondre.

5 Responses to “Le MUNCI se déclare en faveur du maintien de la circulaire Guéant”

  1. Paul75 dit :

    Désolé mais je ne partage pas votre analyse, pas très honnête d’ailleurs car la position du MUNCI est bcp + nuancée que vous ne le dites…

    Voici en effet le communiqué du MUNCI : http://munci.org/ressources/positions/CP-immigration-economique-informatique.pdf

    On peut y lire :

     »
    Si l’essentiel du texte est à conserver, nous considérons cependant que les jeunes diplômés étrangers doivent pouvoir continuer à bénéficier de l’autorisation provisoire de séjour (APS) pendant 6 mois pour chercher un poste, puis obtenir sans difficulté un titre de séjour professionnel en cas d’embauche car ils n’entrent pas en concurrence avec les jeunes diplômés français.
    Rappelons toutefois que la France n’a jamais accordé autant d’autorisations de travail à des diplômés étrangers qu’en 2011 (+ 20 % par rapport à 2010) et l’enseignement supérieur français accueille désormais 58.000 étudiants non communautaires contre 50.000 il y a deux ans, par conséquent si l’image de la France ressort dégradée après cette polémique, les médias en sont aussi largement responsables…

    De même, à moins de mettre en œuvre un vaste plan de formation des demandeurs d’emploi français aux TIC, nous considérons qu’il n’y a pas lieu de restreindre le flux d’étudiants étrangers dans les filières de formation en informatique.

    Le MUNCI conteste toute politique (telle que l’instauration de quotas) consistant à freiner « artificiellement » l’immigration économique en France : l’Etat n’a pas à se substituer aux entreprises dès lors que toute mise en concurrence avec un demandeur d’emploi français est écartée et que les règles du jeu sont respectées sur le plan social à travers notamment une stricte application de l’art. R.5221-20 du Code du Travail.
     »

    Quant à :
     »
    Enfin, le MUNCI déplore vivement les conditions actuelles du “débat” sur l’immigration économique dans les médias le jugeant étroit, rarement contradictoire et donc anti-démocratique en ne laissant la parole qu’aux seuls adversaires de la politique gouvernementale.
     »
    … c’est probablement que vous ne lisez pas la presse !!!
    Rarement les médias français ont traité un sujet de manière aussi unilatérale, sans jamais donner la parole à ceux qui défendent le gouvernement sur ce point (et je pense qu’il s’agit d’une majorité de français d’après certains sondages)

  2. @Paul75 >

    En relisant le billet, vous constaterez que cette nuance dans la position du MUNCI est déjà rapportée. Merci de l’avoir encore davantage précisée.

    Il ne me semble pas que dans ce débat le gouvernement ni ses soutiens aient pu être privé de parole. Si les médias ont été unanimes, c’est contre la partie de la circulaire relative aux étudiants et jeunes diplômés, partie que d’ailleurs le MUNCI déplore tout autant.

    Quoi qu’il en soit, savoir si un débat est équilibré ou au contraire trop unilatéral est une chose. Le déclarer « anti-démocratique » (alors même que c’est la position du gouvernement qui est justement contestée) en est une tout autre.

  3. KristofK dit :

    #Le MUNCI n’existe visiblement pas pour défendre les intérêts catégoriels des informaticiens en France, mais des seuls informaticiens français !

    Franchement vous y aller un peu fort là… je trouve surtout que le Munci défend depuis toujours les demandeurs d’emploi en infoprmatique, qu’ils soient français ou étrangers, je n’ai jamais vu la moindre discrimination de leur part à ce sujet.

    #la liberté des individus une valeur avec laquelle il ne faut pas jouer.

    La liberté des individus a ces limites justement, c’est d’ailleurs la position du Mucni dans cet article sur la fuite des cerveaux que je partage : http://t.co/JvVv34TB

    #Je n’avais pas constaté que le gouvernement (et notamment le ministre dont la circulaire porte le nom) aurait été à ce point muselé, et n’aurait pas eu la possibilité de défendre leur position.

    Pas le gouvernement mais tous ceux qui sont globalement favorables à la circulaire guéant, il y en a certainement plus qu’on ne le pense (d’ailleurs 52% des fran,çais sont pour d’après un sondage) et les médias les ont totalement muselés depuis des mois en racontant en plus des mensonges lamentables car il n’y a jamais eu autant de changement de statuts étudiants étrangers=>salariés, nos médias de gauche sont la honte de la france par leur perpétuelle manipulation de l’opinion;

    #il est clairement exprimé en creux que c’est bien pour des raisons de concurrence avec les informaticiens français que le MUNCI veut que la circulaire soit conservée. La position exprime donc bel et bien un corporatisme (ce qui est sa vocation) teinté d’une préférence nationale.

    D’accord, ils auraient du remplacer « français » par « en France », c’est tout… mais c’est certainement leur esprit car il n’y pas de critère de nationalité pour adhérer au Munci (c’est bien marqué sur la page d’adhésion)

    #Pour ce qui me concerne, je crois que cette circulaire est une erreur totale, de même que l’était, mais dans une posture inversée, l’immigration choisi. Je suis pour son retrait pur et simple.

    Vous rejoignez donc totalement le Munci sur cette position contre l’immigraton choisie !

  4. @KristofK >

    Comme vous, je perçois le MUNCI comme un défenseur légitimement reconnu des intérêts des informaticiens (pas seulement les demandeurs d’emploi d’ailleurs) sans distinction. Et je déplore de constater la nuance qu’ils introduisent avec cette position sur la circulaire Guéant.

    Vous dites : « ils auraient du remplacer « français » par « en France », c’est tout ». Mais c’est ce qui fait toute la différence, car ils introduisent une distinction entre informaticien étrangers et français.

    S’il s’agit d’une simple maladresse (ce que vous semblez sous-entendre), alors le MUNCI apportera un correctif. Je crains toutefois que la formulation soit bien celle qui était souhaitée, et que le MUNCI se trompe de cible : c’est le dumping social que le MUNCI doit combattre, pas les immigrés.

    Et oui, sur bien des points je rejoins le MUNCI. Sur l’immigration choisie, sur les pratiques peu honorables du métier, sur la contradiction utile et nécessaire qu’ils opposent au Syntec… Et c’est parce que leurs positions sont souvent louables que je suis étonné de cette dernière, qui est très surprenante, et même choquante.

    Merci de votre contribution.

  5. Le MUNCI m’a informé avoir apporter une modification à son communiqué pour clarifier sa position. Je leur fait volontiers droit de réponse en publiant ici leur message :

    Sur ce sujet délicat, on lit trop souvent ce que l’on a envie de lire…

    « On a plutôt l’impression que le MUNCI sent que sa position est décalée, et se prépare à riposter en accusant d’anti-démocrate (sic!) tous ceux qui pourraient la contester. »

    Non… la plupart des médias n’ont pas joué le jeu démocratique : ils ont massivement désinformé sur ce texte et n’ont donné la parole qu’aux seuls adversaires de cette Circulaire (à l’exception du gouvernement évidemment). Or, en dehors des passages maladroits concernant les changements de statuts étudiants->salariés, cette circulaire n’apporte rien de bien nouveau en réalité, et nous ne sommes certainement pas les seuls à la soutenir (sauf donc sur ces passages désormais corrigés).

    « Néanmoins, en disant cela, il est clairement exprimé en creux que c’est bien pour des raisons de concurrence avec les informaticiens français que le MUNCI veut que la circulaire soit conservée. La position exprime donc bel et bien un corporatisme (ce qui est sa
    vocation) teinté d’une préférence nationale. »

    Nous ne faisons que reprendre les arguments de ces étudiants (collectif du 31 mai), de la pétition « université universelle » (voir le texte d’intro sur leur site) et même du Syntec Numérique qui ne font que rappeler que ces JD de haut niveau ne rentrent pas en concurrence avec les JD français !!

    Pas de préférence nationale au MUNCI… aussi nous avons corrigé le passage suivant qui était une erreur dans le CP initial : « Le MUNCI conteste toute politique (telle que l’instauration de quotas) consistant à freiner « artificiellement » l’immigration économique en France : l’Etat n’a pas à se substituer aux entreprises dès lors que toute mise en concurrence avec un demandeur d’emploi [français => remplacé par : en France, qu’il soit français ou étranger] est écartée et que les règles du jeu sont respectées sur le plan social à travers notamment une stricte application de l’art. R.5221-20 du Code du Travail. »

    N’hésitez pas à apporter ce « droit de réponse » sur votre blog …

    Cordialement,
    Régis GRANAROLO
    Président du MUNCI

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