SSII françaises : entre immigration ou offshore, le choix est clair

Dans un récent article signé de Juliette Fauchet paru dans 01Net, intitulé « Restrictions sur l’immigration légale: Claude Guéant inquiète les SSII« , on voit clairement quelle est la position des SSII dans ce débat.

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur et de l’Immigration, a indiqué qu’il avait « demandé que l’on réduise le nombre de personnes admises au titre de l’immigration du travail« . Ses propos ont été contredits par plusieurs de ses collègues. Ils ont quand même suscité la réaction des SSII.

Dans l’article, Eric Decalf, PDG de la SSII Additeam, indique que ses effectifs sont actuellement constitués de 20% de travailleurs immigrés. En outre, dans une forte dynamique de croissance, et donc de recrutement, il indique : « pour satisfaire nos besoins, nous avons, dans nos encours de recrutements, environ 50 % d’ingénieurs d’origine marocaine, tunisienne ou algérienne. Cette situation est le résultat d’un déficit d’ingénieurs informaticiens français. »

Il n’y a rien de choquant à cela. L’essence même de l’immigration, c’est de faire venir de la main d’oeuvre étrangère quand le pays en manque dans ses rangs. Sauf que…

Sauf qu’en matière d’IT, il existe une solution alternative qui ne semble pas être retenue par les SSII : l’offshore.

Oui mais voilà : du point de vue d’une SSII, l’offshore, ce n’est pas simple. On ne peut pas se contenter pas de « vendre du CV » (cf. billet précédent, dans la partie « Sous l’angle de l’offshore »). Autrement dit, l’offshore n’est pas soluble dans la régie, modalité préférée des SSII françaises, pourtant très contestable (et très contestée). L’immigration est, elle, parfaitement « régie-compatible ».

Du point de vue politique, contrairement à la plupart des discours, l’immigration présente un certain nombre d’avantages : les immigrés cotisent, consomment… bref, contribuent à la richesse nationale. Mais, quand on veut lier immigration et maux en tout genre de la société, on ne présente pas les choses ainsi : on s’insurge contre l’immigration « incontrôlée ».

En réalité, et j’ai déjà eu l’occasion de le dénoncer (cf « Les dérives de l’offshore« ), SSII et immigration forment un cocktail assez trouble. Des pratiques peu respectables favorisent une immigration massive dans des conditions au minimum peu claires pour les candidats à l’exode.

Et encore une fois, ne l’oublions pas, à des fins d’alimenter le modèle « régie », eldorado des commerciaux des SSII françaises. Modèle qui comporte intrinsèquement un risque élevé de « délit de marchandage » pour le client (voir à ce sujet le livre de Nicolas Séné), et qui ne se préoccupe à aucun moment des résultats…

Voilà probablement pourquoi les SSII françaises se dressent face à la diminution annoncée de l’immigration, alors même qu’elles rencontrent des difficultés à recruter.

Dans ce contexte, des modèles innovants et orientés résultats peuvent se distinguer, tels que ceux mis en oeuvre par des SSII pure player offshore.

P.S. : à lire également cet article signé Romain Gueugneau dans Les Echos, intitulé « La filière informatique peine à recruter les bons profils »

[edit du 28/4/11] interview d’Eric Decalf sur BFM TV

[edit du 28/4/11] la réaction du MUNCI au même article

4 Responses to “SSII françaises : entre immigration ou offshore, le choix est clair”

  1. Voici ce que j’ai publié sur le site du MUNCI (en commentaire de leur billet sur le même article) :

    Je voulais réagir sur votre évocation du lien entre immigration et offshore.

    Hélas, vous avez (partiellement) raison. Certaines SSII offshore prospèrent sur des détachements plutôt que sur des vrais projets offshore. Elles le font souvent sous la pression de leurs clients, particulièrement pour leurs clients qui sont des SSII françaises. Il y a aussi aussi ces SSII françaises qui ont un centre offshore et dont le fonctionnement (parce que leurs commerciaux ne savent pas vendre autre chose que du CV et de la régie) est de procéder à des détachements systématiques.

    Ces SSII dénaturent l’offshore, qui par essence est une collaboration distante. En outre, cette pratique est absurde économiquement puisqu’elle engendre des coûts supplémentaires (déplacements, hébergement…). C’est souvent cette pratique qui fait entendre que l’offshore ne tiendrait pas ses promesses en termes de coûts.

    Je disais que vous aviez en partie raison. Cette pratique existe, elle est regrettable, et on en parle beaucoup, de la même manière qu’on parle des trains qui n’arrivent pas à l’heure plutôt que de ceux qui sont ponctuels.

    Il existe néanmoins, et c’est même la majorité (en nombre sinon en volume), des SSII, souvent pure player offshore, qui cherchent au contraire à réduire le détachement au strict minimum (formation, réunion), dans le respect le plus entier du droit (car le détachement n’est autorisé que dans ces cas). J’ai vu des SSII refuser de telles demandes de leurs clients, et malgré l’apparent appât du gain.

    Ces SSII avancent des modèles innovants qui savent vivre avec la caractéristique essentielle de l’offshore (la distance) et qui sont davantage orientés résultats (et donc satisfaction) que moyens (la compétence est un moyen, pas une fin en soi).

  2. MORINE dit :

    Bonjour Mr RENAULT,

    J’ai lu votre article sur le hub que j’administre sur Viadeo « Club des jeunes créateurs d’entreprises au Maroc ». C’est un article intéressant en ce sens où pour la première fois je vois que l’actualité de la restriction de l’immigration peut être contrebalancée et à juste titre par l’offshoring. Or l’accompagnement en offshoring est notre métier. D’où l’opportunité de joindre nos efforts pour proposer des solutions innovantes. A cet effet, je suis ouverte à toute discussion pour approfondir cette piste que je trouve très pertinente.

    Asmâa AZZOUZI

  3. Je vous remercie pour l’intérêt que vous avez porté à l’article et pour votre commentaire. Contactons-nous en direct.

    Cordialement, JFR

  4. anonyme dit :

    Attention, 2012 est proche.

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