Des processus et des hommes

Il me revient une discussion avec un top manager d’une entreprise dans laquelle j’intervenais pour accompagner des projets d’externalisation offshore, au cours de laquelle il déplora que mon approche de la mise en œuvre d’une externalisation fût « trop humaine ».

De son point de vue, il espérait que je lui délivre le vadémécum de l’offshore : « Comment déployer un projet offshore en 10 étapes ».

Au lieu de ça, j’adoptais systématiquement une méthodologie adaptée au contexte, en prenant en compte :

  • la culture de l’entreprise, et même celle du service dans l’entreprise ;
  • l’histoire de l’entreprise, la façon dont elle était devenue ce qu’elle était ;
  • les habitudes et méthodes de fonctionnement en vigueur…

C’est d’ailleurs encore aujourd’hui ainsi que je procède.

À l’heure où le sujet de la déshumanisation du travail est évoqué, je me remémore cet échange…

Je me dis qu’en effet pour certains tout se résume au processus, sans voir que derrière se cachent des êtres humains, qui, contrairement, aux robots doivent comprendre et adhérer audit processus avant de l’appliquer, et que sans une étape cruciale et nécessaire d’accompagnement, d’appropriation, on ne génère qu’incompréhension, frustration et mal être. Et, finalement, on s’étonne que le processus ne soit pas efficace, alors que « sur le papier », il avait tout pour réussir !

Non, le processus n’est pas tout. Il est sans doute essentiel, mais ne se suffit pas. Oui, l’accompagnement des hommes et femmes en entreprise est la condition incontournable pour obtenir in fine la bonne application et exécution du processus. Et pourtant, peu d’entreprises accordent du budget à cette phase.

Dans le domaine de l’offshore, il est notoire que les entreprises ont peur de la réaction des collaborateurs. C’est même un frein majeur dans l’adoption de l’offshore. Croyez-vous pour autant que, malgré la forte conscience de cette difficulté, on réserve un budget à l’accompagnement ? En vérité, très rarement. On préfère ne pas se lancer, ou plonger à l’aveugle avec un risque élevé d’échec.

À croire que même quand c’est trivial, on ne pense purement et simplement pas à l’aspect humain dans le déploiement d’un projet ou d’un processus. Peut-être y-a-t-il là un sujet dont les écoles qui forment les dirigeants devraient s’emparer !

En attendant, nonobstant la discussion que j’évoquais dans mon introduction, je continue à déployer des externalisations offshore, avec mon approche « trop humaine ». Je ne saurai, ni ne voudrai, concevoir mon rôle autrement.

Ma façon de faire n’est ni trop, ni pas assez « humaine » : simplement, je travaille avec des hommes et des femmes.

Rabelais écrivait dans Le Tiers Livre : « Je ne bâtis que pierres vives, ce sont hommes. »

4 Responses to “Des processus et des hommes”

  1. TOURNEL dit :

    Bonjour,

    Il semble que les problématiques d’externalisation soit votre « dada ».
    Je vous propose d’assister à une introduction aux bonnes pratiques de gestion du sourcing avec un retour d’expérience sur le référentiel e-SCM.
    Vous pourrez échanger avec des acteurs du milieu et peut-être serez vous « converti » à ces bonnes pratiques ;-)) qui à mon sens ne sont pas loin de votre approche.

    Cet évènement est organisé à l’Atelier BNP-Paribas et aura lieu le 12 novembre prochain de 14h à 16h.
    Les places sont limitées à 200, aussi ne tardez pas trop pour vous inscrire.

    Pour de plus amples informations et/ou pour vous inscrire cliquez ici :
    http://www.atelier.fr/applications-it/2/14102009/timspirit-38830-.html

    Bien cordialement,

    Sébastien TOURNEL

  2. Bonjour TOURNEL,

    Merci pour votre commentaire. Je ne m’arrêterai pas sur l’emploi de l’expression « dada » qui est plus que caricaturale.

    Sans en être un spécialiste, je connais eSCM. Je n’ai pas besoins d’être « converti ». Je pense que c’est une méthodologie qui se généralise, et c’est justifié. Néanmoins, elle ne résout d’aucune manière les problèmes que j’évoquais dans l’article, bien au contraire.

    Elle participe du phénomène que je décrivais consistant à s’abriter derrière les processus, à s’en satisfaire, et à penser qu’ils sont autosuffisants.

    L’homme est au cœur des processus : il ne doit pas être réduit à un rôle ou à une fonction. Sans phase d’accompagnement et/ou d’appropriation, aucun processus et/ou méthodologie ne peuvent garantir la réussite d’un projet.

    Merci pour votre contribution.

    JFR

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