L’offshore et la crise

Quels sont les effets de la crise sur le marché des services IT offshore ?

Certains prestataires qui proposaient une offre dans ce domaine ont sérieusement cru que la crise était une bonne nouvelle pour leurs affaires, imaginant que les entreprises occidentales allaient transférer leurs projets vers des destinations plus compatibles avec les budgets qui leur étaient imposés.

Pour ma part, je n’ai jamais pensé que la crise pouvait avoir un effet bénéfique immédiat sur ce secteur. J’ai analysé que la crise occasionnera un mouvement à 3 temps sur le marché des services IT offshore.

1.  Arrêt/suspension/report des projets

Les robinets ont été coupés, et quand l’eau ne coule plus à sa source, elle n’arrive pas jusqu’à la fontaine.

La première conséquence immédiate et brutale de la crise est que les donneurs d’ordres se sont tournés vers leurs prestataires pour leur annoncer l’arrêt, le report ou la suspension de nombreux projets.

Cette décision s’impose aux donneurs d’ordres comme une nécessité. Face à la réduction drastique de leur budget (jusqu’à 50% sur certaines DSI entre 2008 et 2009), la seule solution permettant de tenir cet objectif est le gel des projets.

Cela a pour impact d’au minimum freiner la croissance des prestataires, voire de les entraîner dans une décroissance de leur activité IT, et d’occasionner des réductions d’effectifs, ou leur réorientation vers des secteurs plus porteurs (TMA, hébergement et supervision…)

2.  Activation de projets incontournables

On rouvre les robinets, mais au compte-goutte. On a besoin d’eau, mais on l’utilise pour le strict nécessaire.

Cela est bel et bien d’avoir suspendu les projets, et les directions financières s’en félicitent. Ne plus rien produire a été la trouvaille de la crise pour ne pas dépenser. Certes, mais pour générer du CA, il faut néanmoins avoir de quoi vendre, et l’arrêt de la production n’est guère favorable à cette finalité. On ne dépense plus, mais on manque également de recettes…

Aussi, les directions métiers se retournent vers les directions générales, qui s’inquiètent de la baisse des ventes, pour leur expliquer qu’il faut des moyens pour produire, et qu’ils en ont été privé pour cause de crise.

Les directions générales se retrouve tirailler entre deux impératifs contradictoires :

  • pour relancer le cycle des ventes, et donc la production qui en est le coeur, il faut ouvrir le porte-monnaie
  • pour faire face à la crise, on gèle les dépenses

Pour répondre à ce dilemme, la solution est souvent d’élire les quelques projets nécessaires et leur attribuer un budget exceptionnel.

Dans ce contexte, les prestataires IT offshore peuvent présenter des avantages considérables, car ils permettent : soit de débloquer un projet à un coût maîtrisé ; soit d’en relancer davantage pour une même enveloppe financière.

Il faut donc pouvoir faire preuve d’opportunisme en étant aux avant-postes.

3.  Retour à un rythme de croisière maîtrisé 

On rouvre les robinets plus largement, mais on adopte maintenant une attitude responsable pour maîtriser sa consommation.

La crise est dans sa phase finale, et les indicateurs économiques autorisent un optimisme de nature à relancer la dynamique de la production. Les donneurs d’ordres veulent relancer des projets qui avaient été reportés ou suspendus, et se retournent vers leurs prestataires IT offshore.

Cette fois-ci, on va prendre des mesures permettant de mieux gérer et pérenniser son partenariat offshore. On va entrer dans une logique qualitative et adopter une approche sur le long terme. On veut certes pouvoir conserver l’économie et la variabilité que l’offshore apporte, mais sans dilapider son investissement initial, ni rogner sur la qualité.

On entre alors dans une phase où les prestataires offshore pourront de nouveau envisager des rythmes de croissance annuelle à deux chiffres, mais devront également démontrer leur capacité à professionnaliser leur delivery.

Selon moi, l’année écoulée nous a plongé dans la phase 1, et je ne crois pas que nous en soyons complètement sortis. Je pense que nous entrons dans la phase 2, ou plus précisément que nous sommes en période de transition entre la 1 et la 2. Il faudra du temps pour atteindre la phase 3, probablement une autre année, voire plus.

Et comme toujours, les plus forts résisteront, et seront même renforcés par la crise.

4 Responses to “L’offshore et la crise”

  1. Bouitier Bruno dit :

    Bonjour,

    Je suis d’accord avec votre analyse, la phase 1 c’est ce que l’on constate en 2009.

  2. Bonjour,

    Par rapport à ces 3 étapes, une des questions est de savoir si la phase 2 va favoriser l’offshore. Les écarts de cout vont se reduire suite à la tension des marchés locaux (phase 1) et la pénurie des ressources locales sera moindre.

    Je pense que le choix de l’offshore se fera donc encore d’avantage sur des critères « qualitatifs ». Les dispositifs offshore devront démontrer leur performance, on ne parlera plus uniquement de réduction de cout et c’est tant mieux.

  3. Comme Étienne, je suis persuadé que l’offshore doit se jouer sur la capacité à délivrer de la qualité dans les délais.

    Les enjeux se situent donc au niveau de l’excellence dans : les processus, les méthodes, la gouvernance et la communication.

  4. Youssef EL ALAOUI dit :

    Le choix d’un prestataire offshore est régi par trois critères, qui sont : budget, production et qualité.

    Certes, les financiers ont leur mot à dire en cette période de crise (étape 1). Mais si on ne mise que sur des projets importants (étape 2), ces derniers ont intérêt à réussir. Les petits dépassements en terme de délai et de qualité qui sont tolérés en temps normaux ne seront plus acceptés dans le contexte actuel.
    Par conséquent, le volet production (disposer des ressources nécessaires pour absorber la charge de travail) et qualité (le produit fonctionne selon des normes de qualité) deviennent aussi déterminant.

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